Mardi 4 mai 2010 2 04 /05 /Mai /2010 10:17

La forêt est le havre où la paix peut s’installer. Il suffit de se poser dans une clairière ou au pied d’un arbre pour le sentir. Elle est aussi hors du temps, on pourrait rencontrer au détour d’un bosquet un troubadour ou un pèlerin qui chemine.

Au-delà de tout ce que la forêt peut évoquer, il y a cette plénitude qui règne sur les bois.

 

Posé sur une pierre, face au grand chêne, je demande au maître des arbres de me parler de sa nature propre. Lentement, l’assise devient enracinée, profonde. Le souffle se fait dépôt où l’esprit s’abandonne. Et là, dans cette clairière, comme un jeune arbre écoutant son aîné, je me laisse conter.

Dans la nature, il y a les « grands peuples », les grandes familles qui appartiennent au domaine visible : le peuple des roches, le peuple des herbes et des fleurs, le peuple des arbres, le peuple des oiseaux… il y a aussi les « petits peuples », moins familiers, plus discrets et moins visibles.

Généralement, lorsqu’on évoque les « petits peuples », les êtres féeriques nous viennent à l’esprit. Il n’est pas évident de communiquer ou de communier avec eux tant leur discrétion les rend difficilement accessibles.

Et si notre intention était telle, peut être pourrions nous commencer par rencontrer intimement ces « grands peuples », se familiariser avec eux pour aller ensuite rencontrer ce qui est plus « fin ». De toute façon, au bout d’un moment, quand la familiarité est là, tous les êtres se manifestent clairement.

L’arbre, pour sa part, a plusieurs voix. Tel un conteur ou un chef de clan, il peut parler indifféremment de son histoire personnelle, de sa famille ou de son peuple (pour ce vieux chêne, le « peuple des arbres »).

Ce ne sont pas les histoires au sens où nous les connaissons habituellement. Ce n’est pas une petite voix qui vient faire un commentaire ou une traduction . C’est un voyage. Assis, posé en nous même, nous nous laissons voyager.

Contrairement au bouleau, l’arbre des « chamans », qui est un véhicule pour voyager vers les mondes célestes ou les autres mondes, le chêne amène aux voyages dans l’ici, dans nos forêts, nos champs, notre histoire.

Quand la communication passe par une communion, l’arbre est la porte qui nous ouvre à notre histoire, l’histoire humaine liée à celle des arbres : hommes des bois, pèlerins, ermites, paysans et bergers, promeneurs, cueilleurs, etc.

Ces histoires, ces voyages immobiles, sont presque un prétexte à nous occuper, à satisfaire notre tête, pendant que notre corps et notre cœur sont travaillés avec douceur par des branches et des racines invisibles et que notre souffle s’accorde à celui de l’arbre.

Lentement, pendant que nous prenons racine, travaillés par ces histoires et ces caresses invisibles, naît l’ouverture.

Nos propres racines sont invisibles, il en est de même que ces branches légères qui poussent pour devenir couronne. Il n’y a rien à faire, juste être patient, venir et revenir face au vieux chêne, en silence… nos pensées deviennent pensées et mémoires d’arbres… nous devenons intimes.

 

Assis là, entre enracinement et ouverture, l’arbre ouvre son écorce, il montre son bois. Plus tard, il montrera au persévérant son cœur (son essence, son âme, qui peut ressembler à un buisson ardent comme l’évoque les Ecritures).

 

Le bois du tronc est une synthèse, il a intégré les forces de l’air, de l’eau, de la terre et du feu. Lorsque cela est présenté, il est évoqué le même programme pour l’humain : intégrer ces éléments pour devenir entier. Pour me faire comprendre cela, un esprit de l’eau se place devant moi, un esprit du feu à ma gauche, un esprit de l’air à ma droite et un esprit de la terre derrière moi. Entre chaque esprit et moi, il y a un lien léger, c’est à moi de le renforcer en le rendant vivant. Il y a aussi un gardien qui incite à la vigilance et à voir où nous en sommes avec chaque élément.

Ces esprits ne sont pas des symboles. Ce sont des réelles forces de vie que nous avons en nous et qui nécessitent d’être intégrées pour maintenir une santé équilibrée et durable.

Lorsque dans ses fêtes ou rituels l’humain brûle du bois, lorsqu’il construit ce feu de bois et qu’il l’embrase, il libère ces forces de feu, d’air, de terre et de l’eau, il les libère pour que ces forces alimentent et ravivent leurs propres forces mais aussi celles de tous les êtres de la terre, de tous les peuples.

 

C’est tout un chemin de vie pour intégrer ces forces pleinement, il faut peut-être plusieurs vies.

Pour nous aider, nous accompagner, l’arbre ami est bienveillant. Nous pouvons donc lui parler, lui déposer nos soucis et tracas ; il a la capacité de les transformer, de les transmutter et les rendre légers.

Nous pouvons aussi nous blottir dans ses racines ou le bas de son tronc. Il y a des racines invisibles, des forces invisibles qui viennent nous soigner. Un peu comme ces peintures où le chevalier se repose au pied du chêne et pendant son sommeil, les fées viennent réparer son armure.

Lorsque la relation s’installe, il est aussi bénéfique d’aller cueillir, fleurs de soleil et bourgeons d’étoiles…

 

Communier avec les arbres, c’est aussi ressentir en nous comment ces qualités de l’eau, de l’air, de la terre et du feu, font écho. Comment nous les intégrons.

Le calendrier des semis propose de travailler avec ces qualités ; nous pouvons très bien les laisser nous imprégner afin de les utiliser au mieux.

 

Chez les arbres, les cueillettes de bourgeons ou jeunes pousses à destination de gemmothérapie sont une mise en action de ces principes. A la fin de l’hiver, les bourgeons s’ouvrent, les jeunes rameaux se parent de verdure.

En cueillant, en alternant les lieux de cueillette, on se familiarise aussi avec les plantes. Ainsi, on peut remarquer que les qualités élémentaires sont particulièrement marquées chez certaines familles, comme l’air pour le sapin, l’eau pour l’aulne, le feu pour le pin, la terre pour le châtaignier…

 

Puis après le temps des bourgeons, les cueillettes de l’année nous invitent à ressentir ces qualités élémentaires dans l’ensemble du royaume végétal. Lorsque nous cueillons des fleurs de millepertuis, autour du solstice, en début d’été, les fleurs semblent emmagasiner du soleil, elles en sont un petit reflet sur terre. La plante concentre alors son attention sur les sommités fleuries qui se chargent de ce feu solaire. Elles le restitueront dans leurs utilisations :

  • macérées dans l’huile, elles aideront à apaiser le feu qui brûle (mais attention, cueillie sous le feu du ciel, elle rend la peau sensible au soleil, elle est « photosensibilisante »).

  • macérées dans de l’alcool, elles apporteront de la lumière et du réconfort, lorsque parfois en hiver, dans la nuit qui invite à rentrer dans nos chaumières, dans notre foyer intérieur, la tristesse arrive. Le millepertuis est alors un compagnon salutaire.

 

Aussi, lors de sa cueillette, nous pouvons être attentifs à ces aspects de feu, de sentir la fleur qui a cette qualité, avant qu’elle ne se flétrisse et se referme, car elle est alors en train de « muter » vers le fruit, vers le renouvellement de ces plantes capteurs solaires.

 

On pourrait prendre les mêmes exemples pour l’eau avec l’épilobe à petites fleurs (parviflorum), l’air avec le gui, la terre avec le fraisier…

Sentir ces qualités, les laisser nous parler, les cueillir, invite à l’équilibre, la santé et la joie. C’est aussi se replacer dans les grands rythmes de la nature et aller voir dans les forêts, dans ce qui n’est pas domestiqué.

C’est sur cette proposition que commence le gtand livre de la Bible. Lorsqu’il est proposé à l’humanité, l’adam (ethymologiquement, l’être fait de terre, issu de la terre) de commander à la création divine et en particulier aux animaux, c’est proposer un aboutissement. Qui arrive à commander à une mouche ou un vers de terre ? Avant d’aller vers les animaux, allons voir nos montagnes, nos mers et lacs, nos grottes… Puis nous pouvons nous familiariser avec les plantes et en particulier ces aînés immobiles que sont les arbres. Un pas après l’autre. Les animaux sont par nature liés aux éléments (un ou plusieurs), volant, nageant , creusant… Dominer peut alors signifier qu’après avoir intégré les qualités élémentaires, nous devons les mettre en mouvement, en plantant, cueillant, élevant… Mettre en marche, en action les forces de vie, jouer avec elles pour les familiariser et par-dessus tout, se sentir bien, équilibré et lié à ce monde naturel qui nous entoure.

En faisant cela, c’est l’essence des êtres, l’esprit du vivant qui collabore avec nous. Il y a alors une sorte de magie qui opère. Occasionnellement, en marchant dans cette direction, se manifestent alors ceux qu’on appelle communément les êtres féeriques. Ils accompagnent le pèlerin des chemins creux et des forêts.

 

Stéphane Boistard (article paru dans biodynamis d'hiver 2009-2010)

 

Par stefdesbois - Publié dans : textes
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