Partager l'article ! naissance printannière: Hier soir, je n'arrivais pas à dormir et j'ai veillé assez tard. Ce matin, plongé dans ...
Hier soir, je n'arrivais pas à dormir et j'ai veillé assez tard.
Ce matin, plongé dans mes rêves, je me suis levé avec une étrange sensation. Des images se succédaient dans ma tête concernant les plantes et la capacité de soigner avec les mains. Le cerveau embrumé, j'ai attrapé un stylo et j'ai transcrit en mots ces images. Parfois, lorsque le mot ne convenait pas, je sentais qu'on m'inspirait un mot plus adéquat. J'ai écrit comme cela un moment mais je voyais aussi que j'allais être en retard à mon cours de yoga.
J'ai enfilé des vêtements appropriés et j'ai sauté dans la voiture. Durant le trajet, des images continuaient à se présenter dans ma tête. Des informations sur des questions que je me posais.
Arrivé au yoga, je pénètre un retard dans la salle de pratiques. J'ai l'impression de flotter sur un nuage, je me sens ailleurs. Je m'excuse pour mon retard et je m'installe au fond de la salle pour pratiquer. Alors que je me tiens droit sur mon tapis de yoga, je sens une lumière affluer du ciel et inonder mon corps.Je sens mon corps se dilater.
Uma, notre professeur de yoga, donne des indications pour la prochaine posture.Elle me paraît très loin, bien qu'une dizaine de mètres seulement nous sépare.Mes sens sont engourdis, je la vois et l'entends au loin, alors je fais un effort de concentration pour la rapprocher, pour mieux la percevoir. Alors ça a fait comme un travellings de cinéma. Sans que nous ne bougions, ni l'un ni l'autre, elle a été plus proche, plus présente pour moi. Seulement, alors que ma vue la rapprochait, elle s'entourait d'un halo de lumière. Les personnes du premier rang de la classe de yoga étaient aussi entourées d'une aura lumineuse.
Je suis revenu à moi-même pour suivre tant bien que mal les consignes et prendre la pose. Mais je sentais la lumière affluer du plafond sur moi, me submerger et toucher les pratiquants à côté de moi. Je sentais leurs corps sans les toucher tant mon corps dilaté m'apportait de sensations.J'avais aussi la terrible sensation de faire rapetisser leurs propres corps. En parallèle de ça, je ressentais des tremblements dans les jambes et dans tout mon corps.
Sans dire un mot, j'ai quitté la salle de pratique pour aller dans la voiture. Je me sentais dans un état second. Les tremblements internes, un peu comme des spasmes, ont fait remonter les flots de larmes tant je me sentais touché par cette lumière angélique.
Alors que je pleurais à chaudes larmes, je sentais que ni le sol de la salle, ni le goudron sous la voiture ne m'apportaient un ancrage au sol. Je suis sorti un titubant de la voiture, un peu comme un homme ivre, et j'ai marché dans le pré voisin, pieds nus. Je suis allé ainsi jusqu'au bout de ce pré. Dans un angle de verdure bordée d'une haie, je me suis allongé. L'herbe verte était ponctuée de petites fleurs bleues.
J'avais l'impression que mon dos rentrait légèrement dans la terre, alors que le soleil rayonnait sur mes jambes, mon tronc et mon visage. Les yeux fermés, je restais étendu un moment.
Les oiseaux semblaient chanter différemment que les jours précédents. Les abeilles bourdonnaient à mes oreilles. J'étais sensible à différents détails qui m'entouraient. À l'extérieur du pré, deux hommes travaillaient. Ils me semblaient agir au ralenti, comme dans un film, alors que mon présent, ma perception de la nature, ma réalité se déroulait à une vitesse « normale ».
Intrigué par ces différences de perception, je me suis assis. Une taupinière à quelques pas de moi attira mon regard, je m'y déplaçais. J'avais besoin d'une prise de terre tant ce que je vivais me semblait décalé. J'étais comme dans une colonne de lumière, assis dans l'herbe sous le soleil matinal, à l'entrée du village de Dun, et autour de moi les gens et les voitures bougeaient au ralenti et leur sons étaient très lointains, très atténués.
En fait, il y avait une ligne de taupinières. Dans une petite taupinière, petit tas de terre récemment sorti du sol et commençant a sécher en surface, j'y plongeais mes doigts. Sous la croûte sèche, j'attrapais la terre encore humide pour la sentir, la renifler. Quelle odeur exquise que celle de la Terre ! J'ai fermé les yeux pour la savourer encore plus.
Je reposais cette poignée. Dans une grande taupinière devant moi je plongeais mes mains pour les ensevelir.
Je sentais la terre fraîche entourer mes doigts écartés et mes paumes de mains. j'étais donc assis, pieds nus sur l'herbe, et entre mes jambes je gardais les mains plongées dans cette terre de taupinière. Je regardais mes mains et je fus surpris de voir la terre respirer. En fait, je la voyais concrètement, alors que mes mains ne bougeaient pas, monter et descendre comme une respiration. Cette respiration était calme mais plus rapide que ma propre respiration apaisée par ce qui m'arrivait et me traversait. J'étais très calme et serein. Le monde autour n'existait plus : plus de voitures, plus de bâtiments, plus de maisons, plus de gens.
Il y avait juste mes mains posées à plat sur la terre, cachées au coeur de la taupinière. Je voyais cette respiration de la terre et je revivais la même sensation que toucher le ventre de ma femme alors qu'elle allait accoucher.
Je sentais ce calme comme quand Sabine me disait calmement à chaque naissance (de nuit) : « Stéphane, réveille-toi. Ne t'inquiète pas, ne t'agite pas, mais on doit partir maintenant à la maternité ». Elle rayonnait de calme, ce calme presque irréel avant ses douleurs lors des accouchements. Ce même calme qui précède un orage.
La terre respirait sous mes yeux, sous mes mains, prête à accoucher. Pourquoi étais-je seul à vivre cela? Pourquoi chacun continuait-t-il son travail ? C'est un phénomène merveilleux de sentir que la vie va jaillir du sol. J'avais l'impression que la colonne de lumière m'avait indiquée que les forces cosmiques voulaient se marier à la terre, aux forces de la Terre. En fait, le ciel, les anges, les animaux étaient penchés sur la terre qui annonçait la re-naissance. Aujourd'hui, c'est le premier jour du printemps ! Il y a bien eu quelques contractions ces derniers temps, ces bourgeons qui « debourraient » annonçant le printemps. Mais aujourd'hui, dans ce coin d'Ariège, la terre annonçait l'accouchement proche.
Je suis retourné jusqu'à la salle de yoga ou le cours venait de se terminer. J'avais envie de dire au groupe « aujourd'hui, allez vous poser en nature ! Les animaux et les plantes sont attentifs ! Allons vivre avec eux ce moment ! Peu importe que l'on ressente ou pas, il y a quelque chose qui se joue aujourd'hui ! Sortons des maisons, des routes et parkings, allons marcher doucement sur la terre, masser un coin de planète, partager le souffle de celle enfante la vie ! Même se poser simplement la nature, c'est être en famille avec les animaux, les plantes et même le ciel ! ».
Mais je n'ai pas osé crier ma joie. Je n'ai pas exhorté à aller profiter de cette belle journée pour aller dans nature, sans but ou objectif particulier ; ni cueilleur, ni chasseur, juste une humanité primitive est profondément naturelle. Rentré à la maison, j'ai relaté cela ma femme Sabine et à notre ami Uma qui nous a rejoint après son cours.
Après un repas léger, nous sommes allés nous poser sur un plateau de chênes où je vais souvent méditer...
Stéphane, mardi 16 mars 2010