Gardien du Feu

Publié le par stefdesbois

J’ai fait une rencontre originale que je souhaite partager avec vous.


Alors que je me promenais en forêt, j’aperçu une clairière où un homme était assis, immobile, face à un arbre.

Par curiosité, je l’observais. J’étais mal placé pour voir son visage et n’osait bouger de crainte de le déranger. Assis face à ce gros tronc de chêne, il y avait quelque chose d’étrange dans l’air, je ne saurais pas l’expliquer. A bien y regarder, on aurait dit que l’homme et l’arbre respiraient ensembles comme si le tronc et les branches bougeaient au rythme de la respiration de l’homme.


Etait-ce la lumière traversant le feuillage, mais il me semblait que le corps de l’homme devenait plus lumineux. Un papillon s’est posé sur sa tête. Puis lentement il s’est levé et a quitté la clairière aussi silencieux qu’un arbre. Lorsqu’il est passé à coté de moi, son visage reflétait le calme, la douceur, avec un léger sourire qui ornait ses lèvres. Il y avait quelque chose de si étrange dans l’air que s’il avait traversé un buisson sans en faire bouger le feuillage cela ne m’aurait pas surpris.


Intrigué par cette rencontre, je décidais à tout hasard de retourner le week-end suivant vers cette clairière. Lorsque j’arrivais à proximité, j’éprouvais un soulagement : l’homme était là à ramasser du bois sec pour allumer un feu. Souhaitant entamer la discussion, je m’approchais et le saluais.


Répondant à mon bonjour, il me proposa de me joindre à lui ; il allait allumer un feu et j’étais invité à partager ce moment avec lui. Ce samedi après-midi là, il ne faisait pas si froid et l’heure du souper était encore lointaine pour envisager une grillade ou un feu de camp. Face à mon étonnement, il me sourit et m’offrit de m’asseoir près du tas de bois. Il m’expliqua que c’était un feu sacré qu’il allumait. Il était sacré car c’était sa fonction : le bois avait été cueilli au sol avec gratitude, puis assemblé pour un feu.

Il me dit alors que l’arbre était le compagnon fidèle et bienveillant de l’humanité. Outre ses vertus médicinales, alimentaires ou technologiques, l’arbre a des pouvoirs magiques. « S’ouvrir au peuple des arbres, c’est s’ouvrir au Grand Mystère : il y a comme un esprit de l’arbre qui collabore avec qui sait lui parler. »



Il me montra un petit sac et m’expliqua qu’il y avait là de bons remèdes issus de feuilles, bourgeons et de fleurs. Il m’indiqua que là n’était pas le plus important et qu’il est facile de connaître les vertus de telle ou telle plante ; ce qui est plus dur, c’est de cueillir l’esprit de la plante. C’est développer l’art du cueilleur: pas celui qui connaît, celui qui sent.

« Le cueilleur, celui qui apprend de ses frères arbres, n’a pas besoin de grandes connaissances. Il a surtout besoin de se connaître lui, de sentir le bon moment pour chaque chose. Si un bon sentiment lui vient en allant cueillir, c’est que l’esprit des lieux et les esprits des plantes sont d’accord, ils ont trouvé une communion. Là la plante s’offre et se dépose dans la main qui la reçoit. Cueillir, c’est un peu faire appel à un double de nous-même, un être qui a gardé une part du sauvage en nous, qui peut communiquer avec les forces invisibles.

Il y a de la magie dans cette cueillette. »


Puis il resta silencieux, contemplatif du feu qui démarrait. Les yeux pleins de malice, les lèvres closes, il semblait accaparé dans un dialogue silencieux avec les flammes dansantes. Il me semblait que ce feu était plus chaud et lumineux qu’à d’autres moments, peut-être était-ce juste une impression. Quoiqu’il en soit, il régnait une atmosphère paisible dans la clairière.

Le jour déclinant, je pensais à ma famille qu’il me fallait rejoindre. Il sembla deviner mes pensées lorsqu’il rajouta, tout en regardant le feu.


« Eau, Air, Terre et Feu sont des forces vives comprises par l’arbre, avec ce feu nous les libérons. Elles retournent à l’univers pour qui en a besoin, un autre arbre, un parent, ou même quelqu’un à l’autre bout du monde. Ce feu a une raison d’exister, il participe à l’harmonie du monde ».

S’adressait-il à moi ou au feu ? Je ne lui ai pas demandé. Il fallait vraiment que je parte, cependant quelque chose me retenait encore un peu. Etait-ce le pouvoir hypnotique du feu ? Le silence ? Cet homme étrange ? Je ne saurai le dire, comme je ne saurait expliquer ce qui m’a poussé à dire : « je voudrai apprendre cela ».

« Tu as déjà commencé, le feu te parle et son esprit t’observe… »

 

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Publié dans textes

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